Lundi 15 février 2010
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Quand on s'appelle Bilal (patronyme d'origine turque), qu'on naît d'un père bosniaque et d'une mère slovaque en Yougoslavie,
il y a matière à écrire. Bon, d'accord, Enes (véritable prénom de Enki Bilal) n'est certainement pas le seul à être dans ce genre de situation ethnique, et ce n'est pas seulement pour ces raisons
qu'il est devenu un immense illustrateur, mais ça aide, quand même. C'est dans les conflits qu'a traversé son pays qu'il puise les sujets de ses bandes dessinées, les projetant le plus souvent
dans un paysage futuriste, post-apocalyptique, bourré de voitures volantes, de technologies inconnues et de dictateurs malveillants. Bien sûr, nous occidentaux n'avons pas la même conception de
l'Etat, de la politique, de la guerre que les européens de l'Est. Nous, la guerre, on la lit dans les manuels d'école et, accessoirement, plus tard, dans les romans. Mais c'est loin de nous, tout
ça, et Enki Bilal le dit bien : « La différence entre un dessinateur né en France et moi, c'est que j'ai débarqué ici en 1961, avec un bagage de souvenirs et d'expériences très exotiques. Le
régime communiste de Tito, au sein même du monde communiste fonctionnait comme une chose un peu à part. Le fait de vivre dans un pays non aligné, puis d'être brutalement déplacé, cela a donné à
l'enfant que j'étais une matière infiniment différente de celle d'un enfant né dans une démocratie tranquille à la française. » (propos empruntés à son site officiel)
On est d'accord, les sujets dont Enki Bilal traite dans son oeuvre ne sont pas aisément accessibles. Il y a un lourd bagage historico-politico-culturel et c'est
certainement pour ça qu'on y trouve autant de relief. C'est comme si les dessins s'hérissaient en même temps que les bombes, saignaient en même temps que les personnages toujours aussi colorés,
chaque fois en quête de quelque chose, surtout d'amour. Enki Bilal donne aux femmes comme aux hommes des lèvres dessinées, des yeux profonds, des mains usées, presque calleuses. Les personnages
sont chauves, ou leurs cheveux sont bleus, verts, rouges, les hommes se maquillent, mais ce maquillage semble obsolète, ajoute à la misère, ou à la corruption, au choix. Même le blanc est
spectaculaire, chez Bilal.
Il y aurait beaucoup à dire du style de Bilal, parce que ça ne ressemble à rien de très connu. L'écriture est aussi surprenante que le dessin : les textes sont riches, ils nous racontent vraiment une histoire, ils posent vraiment les personnages et la multitude de mystères qui les entourent. Parfois, l'anglais se mélange au français. Souvent, ils sont grossiers, abruptes, il ne disent pas les choses à moitié, quoi. Ca colle au décor. Après tout, quand on a des cheveux et des larmes bleus (La Foire aux Immortels), on peut se permettre de parler franchement, non ?
L'univers d'Enki Bilal est complexe, et je pense n'en avoir goûté qu'une infime partie. Il a publié plus d'une vingtaine d'albums, parfois en collaboration avec
P. Christin, et adaptera son dernier en date, Animal'z, au cinéma en 2011. Non, il ne s'arrête jamais. Et quand on voit de quoi il est capable, on ne peut s'empêcher de se dire : pourvu
que ça dure.Il y aurait beaucoup à dire du style de Bilal, parce que ça ne ressemble à rien de très connu. L'écriture est aussi surprenante que le dessin : les textes sont riches, ils nous racontent vraiment une histoire, ils posent vraiment les personnages et la multitude de mystères qui les entourent. Parfois, l'anglais se mélange au français. Souvent, ils sont grossiers, abruptes, il ne disent pas les choses à moitié, quoi. Ca colle au décor. Après tout, quand on a des cheveux et des larmes bleus (La Foire aux Immortels), on peut se permettre de parler franchement, non ?
Enki Bilal, le site.
Flo D. (votre chroniqueuse préférée,
qui n'écrit pas souvent, mais quand elle le fait,
ça rigole pas.)
qui n'écrit pas souvent, mais quand elle le fait,
ça rigole pas.)


connaît Buffy et ses vampires préférés, Spike
et Angel. Leurs cheveux courts laissent voir à loisir leurs oreilles mignonnes et parfaitement rondes. D'ailleurs, même transformés, leurs oreilles sont TOUJOURS mignonnes et rondes.
Bon. Vous me direz, c'est aussi le cas des vampires de Anne Rice. Quand Lestat se présente, au début de Lestat le Vampire, voilà ce qu'il dit :
nt particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet
âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur
étonnante, voilà l'impression que laissait ce visage. »
Ce qui est remarquable cependant dans ces deux
dernières oeuvres, c'est que ce fait ne concerne que les créatures les plus maléfiques : Saya et Selene, bien que vampires elles-mêmes, ont l'air de parfaites humaines (si on ne prend pas en
compte leurs capacités physiques extraordinaires). On pourrait ainsi supposer que les oreilles pointues évoquent plus précisément la nature démoniaque du vampire, comme des sortes de cornes
attribuées à Satan.